Skip to content
Lieux / Parcours touristique: tableau n°9 / Souvenir de Joséphine Léonard-Loriaux, une veuve de Tamines

Les exactions commises par les Allemands dans la Province de Namur

Souvenir de Joséphine Léonard-Loriaux, une veuve de Tamines

Sur ce panneau représentant la plaine de Jambes, l’intérêt pour le spectateur y est à la fois artistique et historique car on y redécouvre la plaine de Jambes lorsqu’elle était cultivée, bien avant que des immeubles y soient construits et occupent comme aujourd’hui, tout le paysage. Ce paysage au bord des fleuves namurois, la Sambre et la Meuse, évoque les atrocités qui y ont été commises par les troupes allemandes lors de leur passage en août 1914.

Au cours des combats qui ont eu lieu sur les rives des fleuves mosans, des centaines de civils sont fusillés dans la Province de Namur. Les plus grandes destructions ont lieu à Dinant (674 victimes), à Andenne (218 victimes) et à Tamines (383 victimes) en raison de la croyance des Allemands de la présence de "francs-tireurs". Les 21 et 22 août, le passage de la Sambre dans la région d’Auvelais et Tamines s’effectue avec la plus grande violence contre les habitants de ces régions. Tout commence après qu’une patrouille de cinq allemands fut attaquée par des soldats français. Pour se venger, les Allemands emprisonnent une cinquantaine de civils (hommes, femmes et enfants) et menacent de fusiller les hommes sous prétexte qu’ils aient usé des armes à l’encontre de plusieurs de leurs hommes. Or comme dans les autres communes belges, les autorités avaient demandé à leurs concitoyens de déposer leurs armes à la maison communale pour éviter tout risque de représailles. Les tirs d’artillerie entre Allemands et Français continuent de plus belle sur les rives de la Sambre, chacun voulant s’assurer l’accès au pont de la Sambre. Inférieurs en nombre et en armement, les Français ne peuvent plus ralentir l’ennemi et se replient vers le Sud.

Tandis qu’à Auvelais, une cinquantaine de civils est exécutée, les troupes allemandes prennent facilement le pont taminois, dès le matin du 22 août, en utilisant une partie de la population locale comme bouclier humain. Pendant ces violents combats, les civils se voient contraints de se cacher dans les caves ou tout autre endroit pouvant les abriter, comme une porcherie comme se souvient la veuve, Joséphine Léonard-Loriaux  : « Nous nous sommes réfugiés alors dans un trou à porc devant la ferme de Emile Gikon qui était en feu. Nous étions 17 personnes. Nous sommes restés dans le trou de 11h et demi du matin à 4h et demi ».

Dans la matinée du 22 août, les soldats arrêtent systématiquement tous les habitants, les rassemblent en deux groupes constitués de femmes, d’hommes et d’enfants. Ils enferment un premier groupe dans l’église Notre-Dame des Alloux et le second dans l’Institut Saint Jean-Baptiste. Sur le chemin vers l’église, la veuve Joséphine Léonard-Loriaux explique dans son témoignage avoir subi de nombreuses menaces de morts. À l’église, « vers 7h et demi, il est entré quelques soldats déclarant que tous les hommes devaient sortir pour faire des tranchées et signer pour être allemands. Les hommes sont sortis de l’église convaincus qu’ils allaient à la mort. Alors, je n’ai plus rien vu. Nous sommes restés toute la nuit. Nous avons entendu tirer. Les soldats qui nous gardaient, au nombre d’une dizaine, ont tiré des coups de feu vers les fenêtres ». En effet, le soir du 22 août, l’ordre est donné à tous les hommes du premier groupe (plus ou moins 600 personnes) de sortir de l’église et de marcher vers la place Saint-Martin de Tamines où ils sont scindés en deux parties. Un officier allemand les accuse une nouvelle fois d’avoir tiré sur ses soldats et leur annonce qu’ils vont tous être fusillés. 

Il ordonne aux prisonniers de crier « Vive l’Allemagne, Vive l’Empereur » avant d’être exécutés. Les fusils allemands sont soutenus par une mitrailleuse mise en position à l’entrée du pont. Certains prisonniers indemnes en profitent pour se jeter dans la Sambre et s’enfuir à la nage. Plusieurs d’entre eux se noieront lors de cette tentative. C’est le cas du défunt mari de Joséphine Léonard-Loriaux qui explique : « Nous avons longé la Sambre et nous avons vu des corps au bord de l’eau. On en a repêché 47, dont mon mari ». Après ces exécutions, d’autres soldats allemands, portant le brassard de la Croix-Rouge, arrivent sur la place et achèvent les blessés à la baïonnette. Le second groupe, rassemblé à l’Institut Saint-Jean-Baptiste, a échappé à l’exécution. Le lendemain, ils sont contraints d’avancer vers la Place Saint-Martin et de subir un effroyable spectacle. Plusieurs prisonniers sont chargés de creuser une fosse commune et d’autres doivent transporter les cadavres dans des brouettes, portes ou fenêtres arrachées en guise de brancards improvisés. Le village entier est alors soumis à un pillage systématique par les troupes d’occupation. 383 civils perdent la vie à Tamines, dont la grande majorité sur la Place Saint-Martin et 300 habitations sont détruites.

Plus d’un quart des victimes belges durant le premier mois du conflit appartient à la région namuroise. On estime par ailleurs qu’entre 15.000 et 20.000 maisons et autres bâtiments sont détruits sur tout le territoire. L’origine principale des exactions est la croyance allemande en une guerre populaire et à l’action de "francs-tireurs" comme lors de la guerre franco-allemande de 1870. Dans les faits, l’indiscipline des troupes allemandes et l’abus d’alcool ont provoqué des « tirs amis » interprétés à tort comme venant de civils ce qui provoqua une répression brutale de la part de l’envahisseur. À cet état d’esprit s’ajoute la majorité protestante des armées allemandes qui croient faire face à la « domination des prêtres » sur la Belgique. Du côté belge, les réfugiés des villages des alentours révèlent et amplifient parfois l’ampleur des destructions et des massacres commis par les « Boches ».

© 2011-2018 Ambiances asbl - Crédits - Bibliographie - Contact - f / t / g+