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Lieux / Parcours touristique: tableau n°5 / Quartier du Beffroi

L'occupation allemande à Namur à la fin du mois d'août 1914

Quartier du Beffroi

Le 25 août, les derniers forts de la Position fortifiée de Namur (P.F.N) se rendent. Namur va vivre désormais sous la coupe de l’occupant durant quatre années.

Arthur Procès (bourgmestre de Namur de 1912 à 1921)

Les Allemands souhaitent une normalisation très rapide. L’autorité militaire allemande impose les conditions de la reddition de la P.F.N en envoyant deux parlementaires allemands aux côtés du bourgmestre de Namur, Arthur Procès pour négocier la capitulation de la P.F.N le 23 août 1914. En cas de non-retour des émissaires dans les délais fixés, les représailles sur la ville et sa population seraient sévères. Des otages civils sont désignés chaque jour pour garantir le succès des négociations.

Fernand Golenvaux, le premier échevin a la tâche délicate durant l’absence du bourgmestre  de prendre les premiers contacts avec les Allemands. Sur le chemin vers l’état-major belge, les deux parlementaires allemands accompagnant le bourgmestre Arthur Procès sont arrêtés par des gendarmes belges qui les suspectent d’être des espions. Malgré de nombreuses contestations de la part du bourgmestre, les parlementaires sont faits prisonniers. Arthur Procès décide alors de continuer seul à chercher l’état-major de la 4ème Division d’armée, qui restera introuvable. Il fera son retour à Namur le 25 août sans ne savoir rien des événements qui s’étaient produits depuis son départ. Ne voyant pas revenir le bourgmestre et les deux parlementaires allemands, Fernand Golenvaux dut d’abord négocier avec les officiers allemands une certaine clémence alors que ceux-ci reprochaient l’emprisonnement de leurs parlementaires et de prétendus tirs ayant pour cibles leurs soldats. Il ne parviendra pourtant pas à empêcher la mise à feu de la ville le 24 août, ainsi que la mort de 30 civils. Fernand Golenvaux obtient le 25 août la libération des parlementaires et l’arrêt de la destruction de la ville. Il ne put cependant empêcher l’incendie de l’Hôtel de ville et des documents qu’il contenait. Suite à ces événements, Arthur Procès de retour à Namur fut révoqué par l’autorité allemande et Fernand Golenvaux fut désigné bourgmestre le 27 août 1914 par le Général von Bulow, Commandant de la place de Namur. Le nouveau bourgmestre paye alors de sa personne en accompagnant à nouveau les parlementaires allemands à la recherche de l’état-major belge. La mission est un succès : les Allemands obtiennent la reddition de l’autorité militaire namuroise tandis que Fernand Golenvaux obtient la libération immédiate des Namurois retenus en otages au Grand Manège et dans d’autres maisons. Sa première action fut de négocier le versement d’une indemnité de guerre d’un million de francs, au lieu des cinquante initiaux requis par les Allemands.

Très rapidement, les Allemands dictent leurs volontés. La proclamation du commandant de Namur, von Bulow, en date du 26 août en dit long sur ce qui attend les habitants de Namur : « Les armées belge et française ont été battues de façon décisive et se retirent en pleine déroute. J’ordonne à nouveau de livrer tous les maraudeurs de ces armées même s’ils portent des vêtements civils, à la maison de sûreté de Namur. Cette mesure est essentielle dans l’intérêt de l’humanité et de la sécurité publique. Le calme relatif ramené par les victoires allemandes permet à chacun de vaquer à ses occupations. La reprise de la vie ordinaire est facilitée par l’heureux concours déjà établi entre les autorités militaires allemandes et civiles belges. Des marchés pour la vente et l’achat de produits alimentaires se tiendront dans la ville de Namur à des dates rapprochées qui seront fixées sous peu, par la commission autorisée ».

La population subit une disette depuis le début des combats autour de Namur. La viande, le lait, le beurre et la farine commencent à se faire rares, d’autant plus que les Allemands se servent dans les réserves. Des mesures contraignantes sont prises par l’occupant : les portes doivent rester ouvertes, même la nuit, pour permettre aux Allemands de perquisitionner à tout moment.

Dès le 26 août, les autorités allemandes suppriment les journaux sauf l’Ami de l’Ordre1, quotidien catholique dévoué à l’autorité épiscopale de Namur, Monseigneur Heylen, qu’ils décident de mettre sous censure. Le matin, le directeur de l’Ami de l’Ordre, Victor Delvaux, a été convoqué auprès des autorités allemandes en la personne du major Junge. Ce dernier exige la parution du journal afin de transmettre certaines communications à la population namuroise dont les Allemands continuent de se méfier. En conséquence de cette censure allemande, le discours du journal se modifie du jour au lendemain, du mercredi 26 août au jeudi 27 août. Dorénavant, il se montre favorable aux envahisseurs : tout acte de violence envers eux est quotidiennement critiqué et il est expliqué que leur comportement est de nature à rassurer les Namurois. Les différentes mesures prises par l’administration allemande sont présentées à la population et le journal qualifie d’ailleurs d’ « excellente » celle concernant l’interdiction de la vente d’alcool. Dans les numéros suivants, l’Ami de l’Ordre se voit contraint d’écrire des articles sur les qualités de l’occupant, mais cela ne l’empêchera pas non plus de se pencher sur la question de la difficulté d’être journaliste en tant de guerre en raison de la suppression des réseaux téléphoniques et télégraphiques qui rendent la récolte d’information difficile. Les relations entre l’autorité allemande et Victor Delvaux seront cependant parfois tendues. L’épiscopat voit quant à lui d’un bon œil la continuation de la parution de son quotidien au sein de la population namuroise. La presse catholique dispose ainsi d’un monopole de fait sur l’opinion de la ville. Les mandements, instructions et informations transmises par l’évêque sont publiés sans retard et sont très rarement soumis à la censure allemande. Seulement, la population namuroise, au courant de cette censure allemande, commencera à accorder de moins en moins de crédit à ce journal.

Tout au long de l’occupation et ce dès le 31 août, les Allemands tentent de déstabiliser la population namuroise par toutes sortes de moyens. Le cadre de vie des Namurois est notamment perturbé par l’imposition de l’heure allemande et des régulières modifications des heures de couvre-feux. De nombreux tenanciers de cafés, restaurants et autres établissements résistent à ce changement d’heure, mais finissent par céder sous la pression des condamnations. Les Namurois doivent de plus héberger l’occupant. Les autorités allemandes procèdent alors à des recensements systématiques des maisons. De plus le rationnement du gaz, de l’électricité, du charbon et du pétrole, rend la vie plus difficile aux Namurois, tout comme les restrictions au niveau du temps octroyé pour les loisirs ou du droit de réunion et d’association.

La reprise en main par les Allemands se fait donc à tous les niveaux. Ils y installent une administration militaire et une administration civile. Namur deviendra durant la guerre la capitale de la Wallonie suite à la séparation administrative du pays, imposée par l’occupant le 21 mars 1917.

  • 1. L’Ami de l’Ordre vit le jour le 06 août 1839, grâce au chanoine Théodore de Montpellier qui en fut le promoteur. Ce dernier provenait d’une famille noble et fut nommé évêque de Liège quelques années plus tard. Ce journal resta pendant longtemps le seul à représenter le parti catholique dans la presse namuroise. Avant la Première guerre mondiale, l’Ami de l’Ordre jouissait d’une grande estime et était considéré comme un journal de première importance sur le plan politique. À Théodore de Montpellier, succède Jean-François Douxfils puis Alphonse Charneux et enfin Victor Delvaux qui sera l’homme fort du quotidien catholique jusqu’en 1918.
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