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Lieux / Parcours touristique: tableau n°7 / Souvenirs d'un lancier et d'une ambulancière de la Croix-Rouge

Les combats à Namur 18-23 août 1914 : La Position Fortifiée de Namur, la retraite des soldats et la Croix-Rouge belge

Souvenirs d'un lancier et d'une ambulancière de la Croix-Rouge

Ignorant les combats autour des forts de Liège, le regard du spectateur se dirige directement sur le grand virage effectué par la Meuse devant la ville de Namur. La sélection des trois principaux sites mosans (Liège, Namur et Dinant) fait l’impasse sur l’action principale menée sur les forts de Liège et de Namur. Ceux-ci n’étaient bien sûr pas établis au cœur de la vallée, mais aucune représentation même lointaine n’en est présentée. Au début du 20e siècle, personne n’ignorait l’existence des neuf nouveaux forts construit de 1888 à 1891 par le général Brialmont et constituant la Position fortifiée de Namur (P.F.N), mais ils étaient situés en pleine campagne à l’abri  du regard immédiat du Namurois. À cette époque, les Namurois goûtaient aux plaisirs de la villégiature par la métamorphose de leur Citadelle, tandis que les villas florissaient le long des rives. Cette atmosphère accentue encore le traumatisme vécu par la population namuroise lors de l’attaque de la P.F.N du 20 au 25 août 1914, qui ne résista pas assez longtemps pour que la population puisse se préparer au pire. Il n’en reste pas moins que ces forts ont joué un rôle considérable dans l’Histoire de l’invasion allemande en Belgique.

Ce panneau représente une scène qui se déroule sur le plateau de la Citadelle de Namur non loin du Fort de Malonne et qui évoque la retraite des soldats de la ville de Namur suite à la future proche défaite de la P.F.N. Juste devant le spectateur, semblant sortir du centre de la composition, les armées belge et française entament, ensemble, une pénible retraite sous le couvert de la végétation

Les Allemands, grandis de l’expérience vécue à Liège, décident cette fois d’attaquer la P.F.N avant de prendre possession de la ville de Namur. Les tirs dureront 3 jours et 3 nuits jusqu’au 23 août. Après quelques combats d’avant-garde, dès le 15 août, la P.F.N et la 4ème Division d’armée sous le commandement du général Augustin Michel, sont assiégées par la IIe armée allemande à partir de ses positions au nord-est de la ville. Les bastions de Cognelée, Marchovelette et Maizeret essuient les premières canonnades de l’artillerie lourde ennemie dont les calibres sont bien supérieurs à ceux qui avaient été prévus lors de la construction de la P.F.N. Le 23 août, les troupes d’intervalles aidées par trois bataillons français, situées entre les forts, sont prises d’assaut et les troupes allemandes avancent de plus en plus. Écrasés par l’artillerie lourde allemande, les derniers forts tombent quelques jours plus tard. Maizeret tombe le 22 août, Cognelée le 23 et le même jour, Marchovellette connaît le même sort que le Fort de Loncin à Liège qui explose et ensevelit deux tiers de sa garnison. Andoy se rend le 24 août, suivi de Malonne qui tombe sans résistance, et d’Emines et de Saint-Héribert qui capitulent en début de soirée. Le lendemain, c’est au tour de Dave et de Suarlée d’abandonner leur combat face à la violence de l’artillerie lourde ennemie.

Menacées d’encerclement, la 4ème Division d’armée et les troupes françaises se replient et entament une retraite vers le sud, la frontière française. La garnison de la Citadelle fuit également la ville, ce qui permet aux Allemands d’entrer à Namur sans rencontrer de résistance. Déjà gravement endommagée par les bombardements, la ville va subir de nouvelles déprédations. Vers midi, les premières troupes allemandes entrent en ville, mais certains forts du secteur ouest tiennent toujours. Des soldats allemands utilisent un bouclier humain pour entrer à Namur dont deux prêtres qui sont tués dans la bataille. Le 23 août, le Grand Hôtel de la citadelle, inauguré sur un fort détaché de l’époque hollandaise, à l’emplacement actuel du Château de Namur, est détruit par les flammes. Le 23 août à 11h30, le général Michel, commandant de la P.F.N, quitte Namur pour s’installer au "Milieu du Monde", lieu-dit de la Citadelle où se trouve le poste de commandement du secteur sud-ouest. Vers 16h30, il y apprend que le corps d’armée français qui gardait la Meuse s’est replié sur Ermeton-sur-Biert, il donne l’ordre de retraite générale.

 

La retraite de l’armée belge se fait dans une situation délicate. Le pont de Jambes est détruit pour ralentir les ennemis. À Lesves, ils sont surpris par des tirs allemands qui ont franchi la Sambre à Auvelais. Ils décident d’emprunter un autre itinéraire par Bioul où plusieurs centaines de combattants y sont capturés. En effet, tandis que la tête de la colonne arrive à passer, le reste de la troupe subit de lourdes pertes le 24 août et finit par être capturé. La division belge échappe de peu à l’encerclement entre les deux armées allemandes qui ont franchi la Sambre et la Meuse sans établir de liaison et prend la direction du Sud vers Mariembourg. Après un mois de repos mis à profit pour réorganiser les unités, la 4ème Division d’armée est prête à rejoindre l’armée belge. Il n’est pas possible de rentrer en Belgique par la voie ferrée, car le tunnel d’Amiens sur la ligne de Dunkerque est détruit. Le train l’emporte donc vers le Havre où des bateaux la chargent vers Ostende et Zeebrugge. L'armée belge rejoint finalement le port d’Anvers les 02 et 03 septembre 1914. Le 05 octobre, lors de l’attaque de la Position fortifiée d’Anvers par les Allemands, la 4ème Division d’armée est en position à l’aile droite de l’armée, de part et d’autre de Termonde, sous les ordres de son chef qui la commanda pendant toute la durée de la guerre.

Marc Hubert appartient au 4e peloton du 4e escadron du 1er régiment de Lanciers de la 4e Division d’armée. La mission du lancier est de faire des reconnaissances à longue distance et de renseigner un maximum d’information sur l’ennemi au commandement. Après avoir répondu à l’appel de mobilisation le 31 juillet, Marc Hubert s’est mis au service de son commandant, le général Michel. Son escadron est chargé de surveiller le pont sur la Meuse à Andenne. Les soldats effectuent ensuite des manœuvres sur la route Namur-Belgrade pour se préparer aux combats. Le 14 août, ils partent en reconnaissance vers Ciney et parviennent à identifier des hussards. Là, ils essuient une importante escarmouche qui leur fait perdre 10 hommes et 11 chevaux. Lors des bombardements de la P.F.N, l’escadron de Marc Hubert se trouve dans une ferme aux alentours de Namur. Le soir du 22 août, le régiment de lanciers doit se replier vers la ville ; ils contournent les forts. Cantonnés à Jambes, certains hommes de l’escadron doivent former une garde dans la ville au même moment que la citadelle est attaquée. Le 23 août, ils reçoivent l’ordre de se replier, passent par le pont de Jambes et passent la nuit au fort de Saint-Héribert. Le 24 août, le régiment se met en marche vers Bioul et atteint Mariembourg où ils rencontrent les premières troupes françaises. À partir du 25 août, le régiment est placé sous le commandement français. Lors de la retraite des soldats, le suivi logistique ne suit plus et les soldats resteront des jours sans manger. Durant leur déplacement, les soldats cantonneront dans des fermes le plus souvent la nuit tandis que durant la retraite, ils seront équipés de tentes.

Sur la représentation, la Croix-Rouge belge est en pleine action sur le « champ de bataille ». Lors des combats, les premiers blessés sont ramassés par des brancardiers militaires qui les conduisent au poste de secours où ils reçoivent les premiers soins. Ensuite, les blessés « transportables » sont transférés vers un hôpital de campagne. C’est le cas des blessés belges, français ou allemands, représentés sur la toile, qui, suite à l’attaque de la P.F.N, sont conduits vers les hôpitaux de campagne, notamment au couvent de Champion et au Collège Notre-Dame de la Paix aménagés pour la circonstance. À Namur, des médecins étaient prévus dans chacun des neuf forts constituant la P.F.N. Ils soignent les blessés sur place qui sont ensuite évacués vers l’hôpital de la ville. En cas de retraite, les hôpitaux de campagne restent en place et sont protégés par la Convention de Genève. Seulement, l’évacuation des soldats blessés des hôpitaux de la ville, en cas de reddition, n’est pas prise en charge par l’armée. Dès lors, lorsque la ville est occupée par l’envahisseur, médecins et soldats blessés sont faits prisonniers.

Ayant vu le jour sous le signe de la guerre, la Croix-Rouge a déployé son action sur les champs de bataille du monde entier, comme acteur humanitaire neutre et impartial. Ce fut déjà le cas en 1870 pour la Croix-Rouge de Belgique qui envoya des aides médicales secourir les victimes du conflit franco-prussien. Lors de la Première guerre mondiale, jamais les moyens humains et techniques mis en œuvre dans le cadre d’un conflit n’avaient permis de faire autant de dégâts humains et matériels. Les soins de santé sont au début du conflit, totalement inappropriés. Cependant, les Belges parviennent à créer en quelques mois une véritable structure de soins qui deviendra par la suite un modèle du genre pour les alliés. En août 1914, la Belgique dispose de 4500 médecins tandis que l’armée n’en compte que 900 et seulement 124 volontaires. Les infirmières diplômées sont à cette époque, encore très peu nombreuses et n’ont pas, à la différence des Français ou des Britanniques, suivi un enseignement technique. Dès le début du conflit, de nombreuses jeunes filles partiront se former en Grande-Bretagne ou en France tandis que des infirmières étrangères viendront enseigner dans les hôpitaux belges.

Il y a trois types d’hôpitaux de guerre. Les hôpitaux civils, sous tutelle de la Croix-Rouge, bénéficient de la neutralité des blessés et du personnel de santé, conférée par la Convention de Genève (22 août 1864). Les hôpitaux auxiliaires dirigés par la Croix-Rouge en collaboration avec un médecin militaire et qui soignent aussi bien des civils que des militaires. Ces hôpitaux sont installés en temps de guerre dans des lieux publics comme des écoles, des salles de fêtes, des églises, etc. Enfin, les hôpitaux militaires sont sous la direction du service de santé de l’armée.

Gabrielle Lievens, ambulancière en chef de la Croix-Rouge de Namur en 1914 est attachée à la 4ème Division d’armée et nommée chef de la colonne volante d’ambulance ayant pour mission d’opérer autour de la P.F.N, de soigner les blessés et de les amener à l’hôpital militaire. Elle assiste à la plupart des combats de l’Entre Sambre et Meuse, soignant les blessés et renseignant les États-majors belges et français sur la position des troupes ennemies. Elle sera faite prisonnière à l’abbaye de Maredsous de la fin du mois d’août à la fin du mois de septembre 1914. Les Allemands respectent de manière générale la neutralité de la Croix-Rouge, conférée par la Convention de Genève, et laissent passer le personnel de la Croix-Rouge quand ceux-ci viennent récupérer des blessés ou autorisent la Croix-Rouge de reprendre des blessés faits prisonniers par les Allemands. Toutefois, ils restent méfiants ; ils fouillent notamment le personnel de la Croix-Rouge afin de vérifier qu’ils n’aient pas d’armes.

Durant quatre années, la Croix-Rouge déploie une infrastructure qui mobilise femmes et hommes – brancardiers, ambulanciers, infirmiers, médecins, personnels de cantine, etc. Les innovations technologiques permettent d’améliorer le transport des blessés, qui gagne en confort et en rapidité. Les voitures « ambulances automobiles » remplacent en partie les voitures « hippomobiles », les camions automobiles font eux aussi leur apparition ; plusieurs centaines de wagons sont dotées d’un aménagement spécial en vue de constituer les très précieux « trains sanitaires ».

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