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Lieux / Parcours touristique: tableau n°3 / Le bombardement de Liège et les massacres de civils dans les villages

Les exactions commises par les Allemands dans la Province de Liège

Le bombardement de Liège et les massacres de civils dans les villages

Sur ce troisième panneau du diorama d’Alfred Bastien, rien ne présage de la violence et des destructions qui y seront perpétrées dans les environs de Visé ou, plus en Amont, à Andenne et à Seilles, si ce n’est la fumée qui se dégage de plusieurs lieux dans le paysage.

Lorsqu’il apparaît après la chute de Liège, que le plan d’invasion allemand accuse un retard important, les Allemands nourrissent des idées de vengeance. De même quand il s’avère que des groupes de soldats français et belges restés en arrière prennent les Allemands en embuscade avant de s'échapper, ces derniers imaginent avoir été pris pour cibles par des civils embusqués, aussi appelés « francs-tireurs ». L’idée que des "francs-tireurs" participent aux combats est gravée dans la mémoire collective allemande depuis la guerre franco-prussienne de 1870-71, et les Allemands organisent donc une violente riposte contre ces atrocités présumées.

Les récits concernant la résistance des Belges autour de Liège, la participation des civils aux combats ainsi que les représailles exercées contre ceux-ci, sont très rapidement diffusés par la presse ou par la rumeur en Allemagne dans les zones de concentration proches de la frontière belge, mais aussi dans les régions lointaines. Les troupes allemandes sont donc persuadées qu’elles risquent d’être attaquées par des « francs-tireurs », constituant de véritables armées commandées par les élites civiles et surtout religieuses. Tous les incidents qui surgiront durant l’invasion de la Belgique et qui ressembleront à cette « guerre de francs-tireurs » renforceront encore la conviction de l’armée allemande et, par conséquent, la brutalité de son attitude à l’égard de la population civile belge.
Dans la nuit du 05 au 06 août 1914, Liège est victime d’un bombardement aérien. 13 bombes tombent sur le quartier très peuplé d’Outremeuse tandis que les bombardements continuent au sol. Les bâtiments universitaires sont touchés ainsi que la cathédrale Saint-Paul. Liège est plongée dans l’obscurité suite à l’incendie du gazomètre perforé lors des bombardements. Dans la nuit du 06 au 07 août, les habitants comptent leurs morts et constatent les dégâts : 34 civils tués, 16 blessés graves, plus de 200 maisons totalement détruites et 500 immeubles endommagés. Au petit matin, Liège est envahie par les troupes allemandes. Paniquées à l’idée de traverser un pont miné, les troupes allemandes sont précédées par des prisonniers belges, dont la présence en tête de colonne devait décourager l’attaque d’une éventuelle arrière-garde. Le 08 août, dix notables sont faits prisonniers et enfermés à la citadelle. Ces actes de violence de la part des Allemands peuvent être expliqués en partie par la résistance inattendue des forts qui avaient reçu comme mot d’ordre de la part du Gouvernement belge de « tenir jusqu’à l’impossible ». Après la chute des forts, le 17 août, la présence allemande se renforce à Liège : ils occupent les maisons et prennent possession des coffres de la Banque nationale. Dans la nuit du 19 au 20 août, les soldats allemands pillent et brûlent quatre maisons en réponse à des attaques provenant de soi-disant "francs-tireurs". Le bourgmestre et l’évêque de Liège sont quant à eux pris en otage. Mais ce qui perpétuera dans la mémoire des Liégeois, c’est l’attaque sauvage et inopinée sur le quartier universitaire dans la nuit du 20 au 21 août par les troupes d’occupation (qui donna d’ailleurs son nom à la Place du Vingt Août à Liège). Après la mise à sac de caves à vin, s’en est suivie une succession de coups de feu et de canons tirés vers l’Université et provoquant des incendies. Les habitants du quartier universitaire ont été jetés de leur maison et ensuite fusillés. Quelques centaines d’étudiants seront emmenés et détenus dans le camp de Munster. Cette nuit aura laissé 28 morts, tous des civils.
Les premiers mouvements de foule à Liège sont dus aux bombardements autour de la ville dont la cible est la ceinture de fortification de Liège constituée de 12 forts. La population se sent prise au piège sous les bombes et la peur s’accroît. Il va y avoir un réel exode dirigé vers les Pays-Bas. Le 20 août 1914, on y compte déjà 6000 réfugiés belges, majoritairement issus de la Province de Liège. Ce nombre continuera encore d’augmenter.
 
L’exode des habitants de la Province de Liège vers l’étranger est également dû aux diverses atrocités qui ont lieu dans toute la province de Liège:
Au début du mois d'août 1914, les envahisseurs ne se sont pas seulement acharnés sur Visé. Une vingtaine de villes et villages de la province de Liège vont également subir les atrocités allemandes. Parmi ceux-ci, Berneau, Warsage et Mouland ont particulièrement souffert. À Berneau, la moitié des maisons du village a été incendiée et 14 civils ont perdu la vie. À Warsage, six civils sont abattus et plusieurs maisons sinistrées. Enfin, Mouland connaîtra un sort identique avec plus de la moitié de ses maisons incendiées et 16 civils fusillés.
Battice dans le pays de Herve s’est trouvé en même temps que sa voisine, Visé, sur le chemin des envahisseurs. Le 04 août, le village est incendié et presque toutes les maisons sont détruites tandis que 32 civils perdent la vie.
Enfin, Andenne et Seilles connaissent le même sort tragique. Le 19 août, l’armée allemande atteint la ville d’Andenne dont le pont qui traverse la Meuse vient d’être détruit par le génie belge. Les troupes allemandes se trouvent donc dans l’impossibilité de franchir la Meuse et de poursuivre leur avancée vers Namur et la ceinture des forts. Elles sont donc contraintes de rester à Andenne où elles s’entassent dans le centre de la petite ville et y consomment de l’alcool. Les habitants ne sont pas inquiétés, exceptés le bourgmestre et le doyen de la collégiale qui sont gardés en otages. Le 20 août après-midi, les pionniers ont terminé la construction du pont et les troupes entament leur progression vers Namur. Cependant vers 18h, des coups de feu retentissent à Seilles, petite bourgade située de l’autre côté de la Meuse, en face d’Andenne. La panique se répand parmi les soldats qui sont en train de traverser le fleuve. Ceux-ci reculent, dans le désordre, dans les rues d’Andenne où les fusillades éclatent. Les habitants des deux localités sont considérés comme des francs-tireurs alors que les premiers tirs proviennent sans doute de soldats belges embusqués voire, même, de combattants allemands ivres. Durant la nuit, le bourgmestre Camus est exécuté. Le 21 août, tôt au matin, les maisons d’Andenne et de Seilles sont vidées de leurs habitants, pillées et incendiées. 800 habitants vont être rassemblés sur la Place des Tilleuls. L’objectif est bien de « faire un exemple ». Les femmes et les enfants sont relâchés et les hommes sont divisés en deux groupes. Le premier est conduit près du pont et retenu prisonnier. Le deuxième constitué de plusieurs dizaines de personnes est exécuté sur les bords de la Meuse. À Seilles et à Andenne, 262 victimes ont été tuées.
 
Raymonde Jacquier et Maurice Minet,  deux descendants de survivants du massacre d'Andenne, sont encore aujourd'hui fortement bouleversés et émus lorsqu'ils évoquent les souvenirs de leurs grands-parents ayant vécu cette tragédie andennoise. D'autres, décédés aujourd'hui, nous ont laissé leur témoignage de ce massacre d'Andenne juste après les faits: Felix Heurter et Mme Bertrand en font partie. 
 
Les atrocités et les pillages commis par l’envahisseur sèment la terreur auprès des populations civiles qui quittent villes et villages à la recherche d’un refuge. Ce vaste mouvement d’exode dure plusieurs mois. Au total 1/5ème de la population fuit la Belgique. Beaucoup trouvent asile aux Pays-Bas, état neutre ou en France ou encore en Grande-Bretagne. La propagande va diffuser l’image d’un pays martyr de par le monde. Ces exactions auront un grand retentissement auprès de l’opinion publique. La guerre devient une guerre de défense du droit belge ainsi que « celle des défenseurs de la civilisation contre la barbarie ».
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