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Lieux / Parcours touristique: tableau n°11 / Quartier Saint-Nicolas

L'arrivée des Allemands à Dinant en août 1914

Quartier Saint-Nicolas

Ce panneau représente la destruction de la cité dinantaise, face à laquelle le spectateur assiste, impuissant. Sur toute la hauteur de la toile, la collégiale en flammes ressemble à une torche géante dont les flammèches se propagent sur les autres habitations. L’incendie de Dinant offre un contraste frappant avec la beauté bucolique des travaux des champs dont la réalisation est située peu avant le déclenchement des hostilités.

 

 

À la veille de la Première guerre mondiale, la cité dinantaise est en plein essor industriel et touristique. Plusieurs manufactures lainières et ateliers artisanaux se sont implantés dans le faubourg de Leffe au nord et dans le quartier des Rivages au sud. Fréquentée par une clientèle cosmopolite, la ville use des charmes de son décor naturel pour asseoir sa réputation de centre de villégiature accessible par bateaux ou par trains. A la fin du mois de juin 1914, les demandes de réservation des touristes ne sont pas perturbées par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche à Sarajevo, le 28 juin 1914. Cependant, cet attentat va complètement modifier l’équilibre mondial et par conséquent, celui de la cité mosane.

En août 1914, après avoir déclaré la guerre à la France, l’Allemagne viole le statut de neutralité de la Belgique et envahit le pays le 04 août afin d’attaquer par encerclement les troupes françaises malgré le refus du Roi Albert 1er de laisser le libre passage aux troupes allemandes à travers le pays. L’objectif poursuivi par les Allemands est de s’assurer rapidement le contrôle des voies de communication pour permettre aux cinq divisions d’armée de gagner, sans perdre de temps, le nord du territoire français. Trois armées concentrent leur action au sud de la Meuse. Dès le passage de la frontière, la progression des armées allemandes s’apparente à une course contre la montre. Aucun retard n’est toléré.

À l’annonce des premières brutalités allemandes sur le territoire belge, de nombreux Dinantais commencent à s’inquiéter sans pour autant faire preuve d’une ferveur patriotique particulière. Les autorités communales se veulent rassurantes malgré la gravité de la situation. Il sera demandé à la population de déposer tous matériels télégraphiques et téléphoniques ainsi que toutes armes à l’Hôtel de ville sous peine d’arrestation. Les habitants inquiétés de l’arrivée imminente des troupes allemandes à Dinant, trouvent refuge dans leur cave. En effet, la ville mosane se trouve sur le chemin des troupes de la IIIe armée allemande qui, empruntant les passages d’Houx et d’Hastière, doit traverser la Meuse à Dinant. Une garde militaire est donc placée sur le pont et reçoit dès le 07 août l’appui des troupes françaises chaleureusement accueillies par la population locale. Leur objectif est de garder la rive gauche de la Meuse. Ils établissent leur poste de commandement dans l’Hôtel des Postes, situé en bordure du pont. Jusqu’au 15 août, il n’y aura que quelques escarmouches, la Citadelle étant gardée par de petits détachements français.

Le 15 août, les Allemands parviennent à s’emparer de la Citadelle, mais les Français, grâce à une contre-offensive bien menée, reprendront le contrôle en fin de journée sous les acclamations de joie de la population. La semaine qui suit le 15 août, les Français occupent toujours la ville mais de façon moins intensive et de manière intermittente ce qui donne l’occasion à plusieurs troupes allemandes de traverser la ville sans rencontrer la moindre opposition.

 

Une tentative allemande d’entrer à Dinant et de prendre le pont échouera encore la nuit du 21 au 22 août. Alors que l’Etat-Major préparait l’offensive du 23 août, des rumeurs de combats contre des civils lui avaient été communiquées depuis Marche et Dorinne. Aussi, les troupes allemandes conçoivent leur prise de Dinant comme un affrontement violent avec ses habitants. De leur côté, les Français consolident leurs positions défensives sur la rive gauche par une réorientation de leurs canons. Ils installent également sur la rive droite des barricades de fortune et des fils barbelés devant le pont et aux abords de la collégiale.

Après la chute des forts de Liège et de Namur, la vallée mosane passe petit à petit sous contrôle des Allemands. Le 23 août, les Allemands se rendent coupables de divers crimes envers la population civile, accusée d’être des « francs-tireurs » et d’avoir tiré sur les soldats de l’Empire. Lorsque l’ordre d’offensive générale est donné, le 23 août, les troupes allemandes sont situées sur le plateau dominant la ville de Dinant, qui a la réputation d’abriter des "francs-tireurs" partisans de la France. Le général von Hausen commande alors à ses troupes de massacrer les Dinantais comme le prouve le témoignage d’un soldat du 108e régiment d’Infanterie, qui faisait partie du 12e corps d’armée :

« On nous a donné l’ordre de tuer tous les civils qui nous tiraient dessus, mais en réalité les hommes de mon régiment et moi-même, nous avons tiré sur tous les civils que nous avons trouvés dans les maisons d’où nous soupçonnions que les coups étaient partis. De cette façon, nous avons tué des femmes et des enfants. Nous ne l’avons pas fait de gaieté de cœur, mais nous avions reçu des ordres de nos officiers supérieurs pour agir de cette façon, et pas un seul soldat dans l’armée d’active ne voudrait désobéir à un ordre du commandement supérieur. ».

Dans le quartier de Saint-Nicolas qui comprend la collégiale, l’Hôtel de ville et la Grand-Place de Dinant, les habitants sont expulsés de leur maison et rassemblés dans la prison et dans l’écurie de la forge Bouille. Vers 18h, le long du mur du jardin du procureur du Roi Tschoffen, les Allemands disposent sur quatre rangées une centaine de civils suspectés d’être des "francs-tireurs" et tirent à bout portant sur les prisonniers. Les blessés sont achevés à l’aide de mitrailleuses puis de baïonnettes. M. Drion, rescapé de cette fusillade rapporte cet instant gravé dans sa mémoire: "Un cadavre s’était affalé au-dessus de moi, trois autres se trouvaient sur mes jambes".

 

Le quartier Saint-Nicolas tout entier est incendié. Le 23 août 1914, le clocher de la collégiale Notre-Dame de Dinant « prend feu et flambe comme une torche annonçant la destruction de Dinant à plusieurs lieues à la ronde ». Les Allemands mettent le feu aux portes, sans cependant parvenir à les détruire complètement. Le pont est dynamité par les Français dans l’après-midi du 23 août lors de leur retraite de l’autre côté de la rive. Sur la rive gauche, l’Hôtel des Postes est anéanti.

 

Dans la nuit du 23 au 24 août, de nombreux incendies se propagent dans toute la ville. Les habitants ayant échappé au massacre se sont soit cachés, soit enfouis. Certains ont été pourchassés par les Allemands car sur les hauteurs de la Citadelle, une vingtaine de personnes seront par la suite retrouvées tuées. Les survivants des diverses fusillades se mettent à l’abri dans des endroits souvent très inconfortables pour y subir parfois plusieurs jours les tiraillements de la faim, la soif, puis du froid.

Le lendemain, les scènes de brutalité continuent mais avec moins d’intensité. Des civils continueront à se faire arrêter sans motif tandis que les Allemands bouteront le feu au symbole communal que représente l’Hôtel de ville. Seules, la tour ronde de l’ancien Hôtel de ville et la porte Saint-Martin ont été épargnées.

D’autres exactions de la sorte sont commises dans les différents quartiers de Dinant : quartier de Leffe et rue Saint-Jacques, quartier de Neffe et celui des Rivages, principalement. Ainsi, presque toute la population est capturée et détenue pendant plusieurs jours, la ville est pillée et la majeure partie des bâtiments est incendiée. Des hommes, des femmes et des enfants sont exécutés sommairement. Les hommes survivants sont déportés en Allemagne et d’autres encore utilisés comme bouclier humain. Au total, 674 civils sont exécutés, ce qui représente environ 10% de la population d’avant-guerre. 

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