Skip to content
Lieux / Parcours touristique: tableau n°1 / Souvenirs d'un fantassin belge

La mobilisation de l'armée belge à Liège durant les premiers jours du mois d'août 1914

Souvenirs d'un fantassin belge

Souvenirs de René Lefèvre, un fantassin belge

Ce premier panneau représente la mobilisation de l’armée belge en pays liégeois suite à la violation de la neutralité 1 de la Belgique par l’armée allemande selon le plan Schlieffen. L’attentat contre l’archiduc d’Autriche à Sarajevo le 28 juin 1914 déclenche une réaction en chaîne de mobilisations et de tentatives d’intimidations à travers l’Europe. L’empire allemand est amené, dans le cadre des coalitions qui déchirent le continent en deux camps, à envelopper au plus vite les armées françaises, massées des Ardennes à l’Alsace et de les surprendre en pleine mobilisation afin de pouvoir se retourner ensuite contre l’armée russe. Les Allemands décident donc d’envahir la Belgique par l’étroite frontière qui sépare Gemmenich et Visé le 04 août 1914.

 

Le 1er août 1914, des agents de la douane belge parcourent les maisons et réquisitionnent une grande quantité de drapeaux belges afin de les disposer le long de la frontière pour renforcer l’état de neutralité de la Belgique. Le 2 août, l'Allemagne remet au Gouvernement belge un ultimatum, demandant la « neutralité bienveillante » du pays, c’est-à-dire le droit de passage par le territoire belge de l’armée allemande afin d'envahir la France. Le 03 août, le Gouvernement belge remet sa réponse négative à l’ultimatum allemand en proclamant qu’il « est fermement décidé à repousser par tous les moyens en son pouvoir toute atteinte à son droit (de neutralité) ». Le 04 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France et ses troupes envahissent la Belgique dès 9h du matin. La Grande-Bretagne proteste contre cette invasion et déclare la guerre à l’Allemagne. Suite à l’arrivée des troupes allemandes sur son territoire, Le Roi Albert se voit contraint de demander l’intervention des Français et des Britanniques, garants de sa neutralité – tout comme les Allemands d’ailleurs ! Une aide qui tarde à venir…

Tandis que l’Allemagne se renforce militairement depuis la guerre contre la France (1870-1871), la guerre de 1914 surprend l’armée belge en pleine réforme de recrutement, d’organisation, d’équipement et d’armement. Le service militaire n’est obligatoire que depuis 1913, ce qui explique le manque de soldats et surtout d’officiers lors de la mobilisation le 31 juillet 1914. L’armée belge parvient à rassembler 117.000 hommes au lieu de 350.000. Quelques 18.500 volontaires viendront cependant grossir les rangs tel qu’Alfred Bastien qui n’est d’autre que l’artiste peintre de ce diorama. Cette réforme très récente a pour conséquence un manque d’esprit de cohésion entre les soldats. De plus, leur équipement n’est pas à la pointe du progrès : « Les fantassins belges de 1914 (…) offraient le tableau pittoresque et désuet de soldats échappés d’une opérette. Chapeaux miroitants des carabiniers et taconeos (coiffure rigide) des lignards, uniformes vert-noir ou bleu-noir, cuivres rutilants qui dataient d’un autre âge, faisaient du soldat belge un soldat-cible » (L et F. Funcken, L’uniforme et les armes des soldats de la guerre 1914-1918, 1970).

L’appel à la mobilisation vient perturber les gestes ancestraux des habitants des campagnes en pleine période des moissons et menacer la quiétude d’un paysage majestueux. Sur le panneau, à la gauche de l’image, la représentation de la paysannerie par le chariot tiré par des bœufs et conduits sous les ordres du paysan contraste avec la représentation militaire de la cavalerie semblant attendre les premiers ordres de combat ; les pièces d’artillerie lourdes, ayant été préparées à l’arrière-plan. Les paysages liégeois vont en outre subir des modifications importantes suite au dégagement des alentours des douze forts qui composent la ceinture fortifiée de Liège, chargée de protéger la ville contre toute invasion. Les maisons, les vergers, les enclos, etc. seront rasés sur un périmètre de 600 m autour de chaque fort par les civils et les soldats réquisitionnés afin de renforcer militairement ces intervalles. Les directeurs des services du chemin de fer, des ponts et chaussées seront mis également à contribution pour procéder à la destruction de tous les axes importants provenant de l’Est et permettant un accès facile à Liège en provenance de l’Allemagne.

Malgré cette mobilisation générale, nombreux sont les soldats qui seront persuadés de ne pas devoir combattre. La mobilisation se fait partout dans le calme et l’ordre. C’est le cas de René Augustin Henri Lefèvre, un fantassin belge qui a été appelé à se mobiliser le 31 juillet pour combattre à Liège et qui a laissé un carnet personnel. Avant que la mobilisation générale ne soit lancée, René Lefèvre et ses camarades semblent rester optimistes et ne croient pas en la possibilité d’une guerre. René Lefèvre écrit : « Esprit toujours excellent, aucune note discordante, antipatriotique ou même de protestation. On est prêt à marcher, bien qu’au fond personne ne soit convaincu de l’imminence du danger ». Cette tendance générale d’optimisme va peu à peu diminuer suite à la mobilisation générale le 31 juillet. Le soir même, il inscrit dans son carnet : « Le soir, bruits de mobilisation générale, confirmés par un officier. Impression profonde, anxiété et tristesse. Serait-ce la guerre ? ». Les jours qui suivent sont exaltés par les fêtes patriotiques qui se multiplient dans le Royaume en l’honneur du départ des soldats. Les sentiments des soldats continuent à être optimistes même durant le trajet en train jusque Liège le 03 août 1914 où René Lefèvre décrit son sentiment : « L’impression est curieuse : tout porte à se croire en manœuvres. On ne peut pas s’imaginer qu’un ennemi véritable peut s’opposer à nous ». Le soir du 03 août, c’est la détermination et le réalisme de la situation qui caractérisent le plus l’état d’esprit du fantassin belge qui écrit après avoir reçu une alerte pour la nuit : « (…) nous étions fortement impressionnés par cette annonce d’alarme. Le sérieux de la situation nous apparaissait pleinement cette fois et nous l’envisagions sans anxiété… advienne que pourra ! ». Mais cet état d’esprit positif et déterminé sera de courte durée. En effet, deux événements vont bouleverser René Lefèvre qui va alors réellement se rendre compte de l’état de guerre de son pays et des dégâts que la guerre peut occasionner sur l’humain. Le premier est l’arrivée d’un prisonnier uhlan dans son régiment et le second, la mort accidentelle d’un soldat belge tué par son camarade de patrouille.

René Lefèvre bascule en quelques jours d’un état d’esprit profondément optimiste et déterminé à une prise de conscience de l’état de guerre et des dangers de celle-ci. René Lefèvre illustre le moral des troupes belges depuis la mobilisation et ce, jusqu’aux premiers faits de guerre suite à l’invasion de la frontière belge par les Allemands. Les premiers combats auront lieu dans la région de Visé. Dès le 04 août, les Allemands marchent sur la ville de Visé qui sera la première ville martyre de la Grande Guerre. Le pont qui permettait le passage de la Meuse fut détruit, ce qui retarda les plans de l’armée allemande qui durent attendre le lendemain en fin d’après-midi pour pouvoir traverser le fleuve après avoir fait construire un pont de bateaux.

  • 1. Lors de son indépendance en 1831, la Belgique se voit imposé un statut de neutralité par les grandes nations européennes. Ce statut de neutralité rend son territoire inviolable et lui impose de ne pas choisir de camp dans un conflit armé. Cette neutralité ne sera pas respectée par les Prussiens.
© 2011-2018 Ambiances asbl - Crédits - Bibliographie - Contact - f / t / g+